Je voudrais parler d'un type qui travaille avec moi. J'ai cherché en vain des explications rationelles à cet attachement que j'ai pour lui mais ce fut en vain. C'est comme si toute sa mélancolie pouvait se lire sur son visage. Il n'est pas beau, il sent la transpiration et c'est un mec qui mérite de se trouver une femme belle et intelligente malgré ses airs de psychopate.
C'est un homme d'une quarantaine d'année qui se nomme Philippe. Il a les cheveux en bataille et ses lunettes sont toujours sales. Il a la peau grasse et un peu rouge. Son ventre est si rebondi que si on le voyait de dessous, on verrait cet énorme ventre avant son visage. Il se tient légèrement voûté, ses yeux sont fuyants. Il n'a vraiment rien d'attirant physiquement! Et pourant! Allez savoir pourquoi je trouve ce mec attachant! Au bureau, il ne parle à personne et reste derrière son ordinateur. Mais moi, je l'entends travailler, et je l'écoute. Il s'investit jusqu'au bout avec ses clients, fait preuve d'empathie et de grande gentillesse. Ce n'est pas le commercial idiot qui vend comme un âne, peu importe les attentes du client. Non, lui, il écoute le client et met tout en oeuvre pour donner son maximum. Et pourtant, il n'oublie jamais les ojectifs de vente dont on nous charge. D'ailleurs sur le clavier de son ordinateur on peut voir deux petits papiers où on y lit : "un rebond commercial à chaque appel" et "toujours se présenter au client". Il est consciencieux et appliqué : un parfait écolier. Toutefois, il fait souvent appel aux soutiens : il semble parfois tant désemparé et perdu face aux clients! On le sent désarmé de toute solution magique qui pourrait redonner le sourire aux clients. Alors quand il se lève de son siège avec son regard abattu, j'ai l'impression de l'entendre appeler au secours et je le regarde se débattre.
La seule fois où j'ai pu l'aider c'est quand il a fait une grosse vente (au chiffre d'affaire très important!). Notre manager m'a appelé pour l'aider car j'étais, selon mon manager, la spécialiste de ces bonnes ventes. Philippe m'a alors regardé m'approcher timidement. Il me regardait par en dessous et enfonçait sa tête dans ses épaules. Je l'ai aidé et il osait à peine parler. Il répétait à notre manager que c'était son premier gros contrat et attendait toujours la fameuse phrase "C'est bien. Continuez. Félicitations." que Pierre ne cessait de lui répéter. Après mon aide, il m'a remercié à voix basse.
Je ne le vois que très rarement sourire. A dire vrai, je crois ne l'avoir jamais vu sourire en fait. Il esquisse à peine un léger rictus quand il s'en va et me dit bonsoir. Mais il ne parle jamais à ses collègues, comme s'il avait peur des autres.
C'est un homme que l'on sent plein de timidité et craintif. C'est comme s'il avait peur qu'on l'attaque, qu'on se moque de lui. On le sent doutant de lui chaque seconde. On voit qu'il a abandonné depuis longtemps l'idée de séduire une femme. On devine aussi les très probables névroses développées à cause de sa maman. Il a une fragilité si perceptible que l'instinct de protection ne peut qu'être nourrit par ses yeux craintifs.
C'est pour cela certainement que je me suis attendrie sur son cas. Pourtant je ne voudrais pas être face à lui un soir, dans une rue déserte. C'est le genre de type que l'on soupçonne des moindres persversités tant sa solitude s'est dessinée sur son visage. On l'imagine facilement matant un film porno bien hard draguant sur ses lèvres son seul sourire de la journée; ou alors vêtu d'un imperméable beige et assez long, allant à la sortie des collèges cathos et ouvrir bien grand son imper' sous les yeux ahuris des jeunes filles en fleur. Bref! C'est un homme qui nourrit facilement les rumeurs les plus folles. Il est à la fois la victime et le coupable idéal.
Que se cache t'il donc derrière ce Philippe? Quelle histoire ne parvient-il plus à dissimuler derrière son apparence de glace et ses cheveux gras?
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Finalement c'est fou comme certains peuvent attirer notre attention et nourrir en fait des fantasmes. En fait il faudrait que chacun de nous observe autour de soi et on trouverait toujours un type semblable à celui que je viens de décrire : quelqu'un qui ne nous attire pas charnellement mais qui nous intrigue et nous attendrit sans savoir pourquoi.
jeudi 5 juillet 2007
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